Johnny Ducon, Billy Moron & moi
Un vieux piano tordu jouait sous ondulation. Johnny Ducon avait allumé ses moteurs, Billy Moron ses allumeurs. Ça pétaradait comme un retour d’Amérique. Johnny Ducon avait une casquette de base-ball, Billy Moron un petit bouc mal taillé. À l’impériale, pourrait-on dire. Moi, dans le jardin, je faisais fonctionner des tondeuses à gazon. Mais sous la neige, c’est comme courir les mouches avec une tapette. Johnny Ducon avait une blonde qui se faisait refaire le nez. Des chirurgies chez l’esthète, Johnny Ducon enregistrait tout, les bruits, et les assemblaient. Organique, certainement. Billy Moron n’en avait aucune idée, il avait un bouc si étonnant, si prodigieux. Ah ça pétait, ça faisait caca la porte ouverte, vraiment. Un bruit épouvantable, pourrait-on qualifier. Ça pétait mais pas sec, ça pétait à l’américaine. Un voyage qui n’aura pas été totalement inutile, sans aucun doute. Et pendant que Johnny Ducon observait, fesses rouges, les métamorphoses d’une jeune fille ordinaire, Billy Moron n’était pas à ça près. Il avait un bouc ahurissant, de son menton en dessous de son nez, un truc vraiment pas banal. Un bouc qui dit qu’on ne la lui fera pas, et finalement, on s’est tous mis des couverts dans le cul. Pardon, des ustensiles.
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