La ville de la Chute Libre
Hugh Ferris - Night in the science zone
L’homme ne se plaint pas, il marche gris chapeau aussi vite que ses jambes, tourne au coin de brique noire, flaque pensée en silence, rythme tramway de la nuit, enseigne sandwich tabouret. Box gras, monsieur bonjour, café noir. Et plus il me parle, et moins je le laisse partir, retourner à la ville de la chute libre. Le gros homme arrive, il danse avec sa respiration, parfois il devient le petit homme, victime des tantes sales, il n’écoute pas, vitre manège qui ne s’arrête jamais. C’est l’homme aux diamants, un par un il les coule et pleure. L’homme prend un visage fatigué, tendrement, jusqu’à la cuiller qui ne tourne plus, se lève et vire à gauche, piano mécanique tip shift top, rythme tramway de la nuit. Derrière un mur arrivent, swing mystérieux temps, des saxophonistes. Les yeux de l’homme ne regardent pas, ailleurs, un mannequin de vison, trois graines de poussière. Ville de la chute libre, chevaux errants au milieu de la nuit, au milieu de la voie de pavés, et plus ils avancent et moins je comprends les vivats de la foule, les numéros de la course, les liasses de billets. Ce sera pressé de brume que l’homme perdu rentrera chez lui, aux clameurs immenses d’une ville folle. Fenêtre ouverte à l’inconnue, cheveux de rêve vaporeux et ciel rose de la fin, et plus il s’endort et moins je m’éveille, mon cœur vivant ne le protégeant plus de la ville de la chute libre.