Le soir dans mon lit seul et froid

Publié le par Leonard Eliot

Le soir dans mon lit seul et froid,
J’ai souvent crié de terreur,
Sans jamais comprendre l’effroi,
Qui dans le noir brûlait mon cœur.

Lorsque je fermais la lumière,
Des ombres jaillies du passé,
Sentant la cire et la poussière,
Venaient gémir à mon chevet.

Les parfums des amours perdues,
Les marches sous les bois, la pluie,
Les pavés sombres de l’ennui,
Les cafés noirs et les corps nus.

Les moments de bonheur intense,
Le vent, le soleil et les rires,
Le lit défait et les soupirs
Et les communions en silence.

Main dans la main, à l’infini,

Les départs sur le quai d’une gare,
Les adieux aux villes et les larmes,
Les derniers baisers sur la rame
Et le désespoir des regards.

Ma jeunesse est vite passée,
Quand ses caresses m’ont lassées,
Toutes les fleurs se sont fanées.

Ma peau, mon visage ont vieilli,
Je ne cherche plus le bonheur,
Les cendres tombent dans mon lit,
Je m’accroche aux dernières heures.


Ma vie n’est plus qu’un souvenir,
Le soleil derrière la fenêtre,
Les bruits de ville et tous ces rires,
Qui torturent ma chair et mon être.

J’ai recherché le dépouillement,
J’ai chassé l’homme de mon corps,
Mais je n’ai jamais eu le temps,
De me défaire de ma mort.

Elle est au bout de mon chemin,
Je ne peux plus faire de détour,
Mais mon fardeau est bien trop lourd
Et l'aube est encore si loin.

(Bruxelles, mai 2003)
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Publié dans Premiers écrits

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N
N'en déplaise aux cyniques, ton texte de jeunesse me plaît énormément. J'ai dû garder une âme d'enfant... et j'en suis fier ! "_"<br /> Superbe blog en tout cas, bravo
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C
Es- tu un fantome, un revenant, qui ce serait perdu entre deux siècles ? Tu es heureux parmi nous ? Comment trouves -tu le temps...long ?
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A
10) Valéry in "Poésie"
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L
Alaligne,   merci pour ces obervations,   En effet, il n'est rien à faire du sentiment brut, juste des énumérations vaines, un reflet vide. L'écrivain n'est pas interprète ou traducteur du monde en langage écrit, mais artisan créant et recréant quelque chose (qui doit bien être du monde) avec des mots. Cette opération ne doit rien laisser au hasard et nécessite beaucoup de sang froid.   Je rejoins ce Restrat, dans l'extrait que tu partages,   La maîtrise de la langue, le choix des mots sont essentiels et ne s'embarrassent d'aucun hasard ou laisser-aller. Ces mots, une fois lâchés, figent quelque chose, mais je crois qu'ils doivent être assez puissants pour garder une certaine liberté : en tout cas, la tension créée par ces mots n'est  pas/plus maîtrisable, ne peut donc contenir aucune vérité absolue,..    pas très clair..   à bientôt,
A
La sentimentalité entretient l'indémêlable illusion de l'infini et contraint qui veut fidèlement la traduire à emprunter la panoplie usée des images précitées, croyant qu'elles en sont le reflet le plus "poétique" ou qu'elles sont équivalentes à l'infini qu'il ressent. En s'en faisant l'interprète, et non pas le compositeur, il ne rencontre pas la poésie mais son illusion, ou son analogie par défaut. <br /> À l'origine la poésie est art de faire, de donner l'être à ce qui antérieurement à l'acte n'existait pas (9). Le poème est corps organique de mots, résulte d'une tension organisée entre les mots. Quel que soit l'inexprimable, l'origine obscure ou la poussée aveugle qui contraint à écrire, "le commencement vrai d'un poème doit venir à l'auteur comme une formule magique dont il ignore encore ce qu'elle lui ouvrira (10)". Ce commencement vrai a d'autant moins de chances de se produire qu'il est englué dans la sentimentalité. Sans la résonance inconnue qui sourd des profondeurs de l'émotion organique, et non plus de l'émotion réactive, pas de c ommencement vrai<br /> Ce n'est pas de moi mais d'Alain-Christophe Restrat et j'adhère à 100 pour cent<br /> Bonne soirée, alaligne<br /> Suite de mon post sur ton fil....<br />
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J
Poème intéressant, noir. L'âge que tu avais lorsque tu l'as écrit l'éclaire un peu plus. <br />
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